De la Fille du Résistant et du soldat allemand. . . ( Cinq Colonnes à la Une 1971)

Une Famille vraiement pas comme toutes les autres, UNE FAMILLE FRANCO-ALLEMANDE.

Mesdames, Messieurs,

Je n'étais pas d'ici. Français, d'origine allemande, j'aimerai vous parler de trois dates de ma vie qui m'ont marquées profondement et de façon déterminante.

La première de ces dates est un certain 6 JUIN 1944. Ce jour où, à l'age de dix sept ans et demi, la GUERRE s'est présentée à moi tel qu'elle était et est. Avec son faciès hideux, sa peur, sa souffrance, son injustice, ses déstructions et la mort. Une mort qui ne fait aucune distinction entre les victimes qu'elle a choisie. Des hommes , femmes, enfants, vieillards ou soldats. La mort ne fait aucune distinction entre les différents uniformes portés, les ethnies, croyances ou couleur de peau. Son oeuvre est la déstruction des vies et existences.

Le 22 JUIN 1944 j'ai eu la vie sauve, sans savoir pourquoi moi et comment.

La deuxième de mes dates est le 8 MAI 1945. Ce jour représentait pour moi l'écroulement de mon monde avec la certitude naissante d'avoir été abusé, trompé et trahi. Un fait qui était pourtant la réalité même!

Vint la troisième date, le 26 NOVEMBRE 1948.

Sans aucun doute la plus importante de ma vie et de mon destin. Ce jour là, à Courcelles-Chaussy en Moselle, une jeune fille française, dont le père avait été arrêté et condamné à mort par la GESTAPO en été 1944 à Périgueux. Le sort a voulu que ce soit un soldat allemand, inconnu jusqu'à ce jour, qui lui a permis de se sauver avec ses camarades d'infortune. Cette jeune fille française donna son OUI à un jeune allemand, ex-prisonnier de guerre, pour fonder avec lui sa famille. . . notre FAMILLE FRANCO-ALLEMANDE! Tout à notre jeune bonheur nous nous rendions pas compte de la portée de notre engagement, ni du fait indiscutable que notre rencontre avait été soumise à une autre loi que celle des hommes. Je veux parler de la loi de la nature. Une loi qui ne connait aucun préjugé, aucun ressentiment et qui venait de triompher des haines et préjugés que les hommes avaient semés entre-eux. En fait qu'est-ce qui s'était passé entre nous deux? Une jeune fille et un jeune gaçon s'étaient rencontrés, se sont sont regardés et ont commençés à s'aimer.

Soumise à le loi des hommes les débuts de notre jeune famille franco-allemande n'étaient pas des plus faciles du point de vue de l'intégration dans la communité sur place. Une situation fort compréhensible par rapport de ce qui s'était passé de 1939 à 1945 entre nos deux peuples et nations respectifs. Mais et petit à petit les relations entre nos deux peuples voisins commenceraient à changer. Un changement activé par trop des deuils et larmes dans le passé faisaient comprendre aus survivants de la dernière tragédie que continuer à vivre l'un contre l'autre ne pouvait plus continuer. Ils ne voulaient plus être des "Ennemis héréditaires" comme on leur l'avaient fait comprendre depuis des décennies certains hommes des deux côtés! Un changement de la façon de voir désormais la vie en commun pour le plus grans bénéfice de tout un continent. Aujourd'hui il n'est plus besoin de souligner que sans l'entente et l'amitié franco-allemande il ne pouvait pas y avoir ni PAIX, ni LIBERTE et ni AMITIE entre les peuples de notre EUROPE. Cette nouvelle donne fut officialisée au nom de leurs peuples respectifs par CHARLE de GAULLE et KONRAD ADENAUER!

Mesdames et Messieurs, si j'ai pu personnellemnt apporter ma modeste contribution à la réconciliation et l'amitié entre mes deux peuples, je n'ai pu le faire que grâce à ce "OUI" du 26 NOVEMBRE 1948, le oui de ma française.C'est pourquoi je vous demande de pouvoir lui dire, ici devant vous, tout simplement MERCI. Merci à la fille du résistant, mon épouse et la mère de nos enfants que la mort nous a enlevée il y un an et demi maintenant. Je lui ai promis de continuer sur le même chemin que nous avions empruntés ensemble voici 54 ans.

Mesdames et Messieurs, je n'ai pas le droite de terminer sans vous citer les mots d'encouragement qui m'ont été adressés par deux peronnalités. Je cite Monsieur Jacques CHIRAC, Président de le République, :"Je vous remercie pour l'envoi d'un bulletin consacré à l'histoire de votre cité ainsi que pour me texte sur COURCELLES-CHAUSSY et VERDUN dont vous êtes l'auteur. Votre projet de conférences qui reflètent émouvant témoignage familial est un bel hommage à la RECONCILIATION et l'AMITIE FRANCO-ALLEMANDE.

Monsieur Peter MÜLLER, Premier Ministre du Land de la Sarre, qui me dit: "En tant que premier ministre d'une région qui, de par sa situation frontalière se trouve au milieu d'une grande région culturelle, je ne peux qu'encourager tout ce qui sert au rapprochement franco-allemand. Je souhaite plein succès à l'Association "Patrimoin et Culture que vous allez créer".

Pour conclure permettez moi de laisser le mote de la fin à Danielle, Sylvie, Viviane et Alain nos quatre enfants qui, daprès le reportage paru dans "Cinq Colonne à la Une" début 1971, :"ne pourront comprendre ni concevoir que la France et l'Allemagne puissen se haïr puisque Maman et Papa s'aiment".

Mesdames et Messieurs, maintenant je suis aussi D'ICI!

Henri Sturges

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Discours prononcé au mois de JUIN 2001 au Château de Landonvillers (Mselle) à l'occasion de l'Assemblée Constituante du Syndicat d'Initiative de Courcelles-Chaussy et de sa région culturelle.

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