Ma Guerre à moi

"Ma baïonnette et mes trois Pivoines" est l'histoire d'une jeune fille et d'un jeune garçon qui, à un moment de leur vie, n'auront jamais du se rencontrer.

Dans le tire précédent, "Il était une fois", nous avons pu lire le début de l'histoire d'un jeune allemand d'avant et après l'avénement au pouvoir de Hitler en Allemagne. Nous avons pu lire de quelle façon cette guerre funeste débuta un jour. C'est donc  la suite de cette histoire et celle de l'auteur qui continue ici.

Il faut peut-être parler ici aussi des forces en présence le 1er Septembre 1939. Ce jour là les hostilités n'avaient pas encore été ouvertes entre la France, l'Angleterre et l'Allmagne. Les démocratiies avaient imposés un ultimatum de trois jours à Hitler a fin qu'il cesse son offensive en Pologne et en rétire ses troupes. Il n'y eut aucune réponse de la part du dictateur. Face à ce refus l'Angleterre d'abort et la France par la suite ont déclaré la guerre à l'Allemagne le 3 Septembre 1939. C'était alors la "drôle de guerre" qui, en commençant, entra sous ce qualificatif dans l'histoire. Alors qui se faisait face en ce moment précis? D'un côté l'armée française derrière la Ligne Maginot appuyée par le Corps expéditionnaire anglais. En face, derrière la "Ligne Siegfried" en construction peu de troupes. Presque l'ensemble de la Wehrmacht, l'armée de terre, d'air et de la marine, se trouvait à cet instant en Pologne. Pour preuve dans mon village natal Kordel près de Trèves en Allemagne, une bourgade de 1.200 habitants qui dès le 1er Septembre était devenue lieu de mobilisation, se trouvaient 6000 hommes en civil jusqu'en fin Octobre 1939 et reconnaissables par un brassard jaune porté sur la manche gauche de leur veston civil avec cette inscription : "Deutsche Wehrmacht". Leur armement? Une roulante et pour le reste ils devaient se débrouiller pour le coucher.

Incroyable? Mais vrai car j'ai vécu cette période sur place et ce souvenir, datant de mes 13 ans en 1939, m'est resté de façon indéfectible à jamais. 13 ans au mois de décembre 1939 et vu la rapidité avec laquelle la Pologne venait d'être vaincue j'enrageai de n'avor pu y participer  Trop jeune, trop jeune encore aussi pour être admis à la "Wehrausbildung" , la préparation militaire.Il fallait absolument avoir 14 ans révolus. Pour moi cela voulait dire attendre le 12 Décembre 1940 et l'année 1941 pour "apprendre mon métier de soldat". Que des choses s'étaient passées depuis le 1er Septembre 1939. Après la Pologne vaincue cela vait été le tour du Danemark, la Norvège, le 10 Mai 1940 la Hollande, la Belgique, le Luxembourg et la France au mois de Juin 40. Maintenant la honte de 1918 était vengée. Quelle fierté pour "notre Führer" et nous tous en Allemagne. Moi pendant ces "temps glorieux" je craignais que cette guerre soit termiée avant que j'ai atteint mes 17 ans pour y participer. Encore 3 ans à attendre. Entre temps avait eu lieu l'attaque de notre "Wehrmacht" en Union Soiviétique pour, suivant notre "Führer bien aimé" élargir l'espace vital pour le peuple allemand dont la population s'élevait à 80 000 000 de citoyens.

1943

Le premier Juin de cette année je tenais avec une certaine fierté mon permis de conduire les automobiles en main. Oui, vous avez bien lu, à 16 ans et quelques mois. A peine 30 jours plus tard arriva une autre lettre à la maison. Une lettre que ma mère me tendait en pleurant lors de mon retour à la maison après mon travail. Nous savions tous les deux ce qu'elle contenait, mon appel sous les drapeaux. Maman pleurait et moi je me disais "enfin". C'est ainsi que le 23 Juillet 1943 je suivais mon ordre d'incorporation dans le "Reichsarbeitsdienst" - le service de travail obligatoire pour tout jeune allemand -. Cette unité non-combattante, d'après la convention de Genève, avait pour emblème une bêche entre deux épis de blé. Mais, comme j'avais comme tous ceux de mon âge terminé "avec succès" ma préparation miltaire, je tenais quelques jours après mon incorporation un fusil en main. ... STALINGRAD était passé par là. Remarque importante par rapport avec notre unité "non-combattante". Quoique notre "bêche" n'était qu'un trompe-oeil en Allemagne, c'est seulement une fois arrivés en France que nous étions armés à Bar-le-Duc. Il faut croire que "notre Führer" et les siens tentaient à faire croire aux mères allemandes que leurs fils n'étaient pas envoyés "au casse-pipe". Il est évident que nous ne devions en aucun cas parler de notre situation du moment dans nos lettres envoyées par la"Feldpost" - post des armées - chez nos proches. C'est ainsi que mes parents et ma petite soeur ne savaient pas souvent où je me trouvé. Notre premier séjour en France le limitait à 3 semaines après les quelles nous allions retourner en Allemagne en restituant nos armes à la frontière du "Reich". A Hamburg, qui était notre destination, nous disposions de tout le mois d'Août 1943 pour apprendre a manier et servir les canons et une batterie anti-antiaérienne de 105 mm. Début Septembre de la même année embarquement très tôt le matin pour aller où? Tout le monde avait la hantise de nous voir envoyer sur le front russe. A ma grande "honte" je dois avouer que tout le monde était soulagé de voir le soleil se lever dans notre dos. Donc notre voyage allait vers l'ouest pour la partie en Allemagne sans armes s'entend. A la frontière belge seulement nous redevenions des "vrais soldats" de nouveau. Après avoir durant trois jours longés les côtes belges et françaises de la Manche nous voici enfin arrivés à destination.

C H E R B O U R G

Entre Valognes et Cherbourg, à Saint-Joseph précisement, où nous devions installer notre batterie anti-aérienne. Tout était a faire sauf les socles en béton pour nos quatre canons de 105mm et les appareils de mesure et visée. Pour les trois mois suivants nous avions retrouvé l'emblème de notre unité, la bêche. Elle ne chôma pas jusqu'à la mi-janvier 1944 où tout était prêt pour notre premier engagement comme artilleurs.

A partir de ce moment là nous n'avions plus beaucoup de temps pour nous. Presque jour et nuit nous engagions le combat avec des centaines d'avions américain et anglais sur leur trajet vers et retour d'Allemagne. Il nous bombardaient pas encore. Mais, nous ne perdions rien pour attendre. A partir de la fin Avril 1944 les bombardements alliés dans notre secteur allaient crescendo de jour en jour jusqu'au 6 JUIN 1944. Un jour important pour nous encore pour une deuxième raison.

Rappelez-vous, quelques lignes plus haut je vous avez parlé de notre uniforme du "Reichsarbeitsdienst" avec sa bêche comm emblême, que sur la manche gauche de notre vareuse nous portions un brassard à croix gammée, que notre livret militaire avait le même aspect. Or le jour même du débarquement allié en Normandie on nous obligeat à 'ôter et de donner tout ce qui pouvait nous identifier comme faisant partie du "Reichsarbeitsdienst" . Stupeur de notre part et incompréhension. N'avions nous pas tiré sur les avions alliés dans cette tenue? Avec cet abandon des signes distincts sur notre uniforme et en changeant notre casque avec la bêche et ses trois épis contre celui de la "Luftwaffé" nous étions devenus tout d'un coup une "unité combattante".La consigne accompagnant ce changement était d'éviter de se  faire faire prisonnier car "l'ennemi ne faisait pas de prisonniers".

Revenons à nos canons de 105mm et l'usage que nous en faisions. Pour combattre des formations à 9 ou 10000m d'altidute c'était l'outil qu'il nous  fallait mais, contre les chasseurs-bombardiers ils ne nous protégaient pas. On nous désigna d'autres cibles, des cibles terrestres qui se rapprochaient de notre position de plus en plus chaque jour. Le 12 Juin 1944 s'en était fini de notre "glorieuse" batterie de D.C.A., il falait tout faire sauter et d'artilleurs nous devenions le renfort d'un régiment d'infanterie sans aucune instruction du combat à terre. Pour la première fois peut-être à ce moment là que nous ressentions pour la première fois ce que guerre veut dire.

Trois mots s'imprégnaient alors dans notre esprit: " LA PEUR - LA SOUFFRANCE et la MORT"! Envolés les autres pensées  "glorieuses" , envolé le "Für Führer, Volk uns Vaterlend" - pour le Führer, le Peuple et le Pays - il ne restait plus qu'une seule pensée et espérance: " Pourvu que je m'en sorte!" Une pensée , une espérance et une peur commune à tous ceux "qui ont été" Je ne voudrais ici en aucun cas passé sous silence une rencontre faite le 22 Juin 1944. Un jeune dans un autre uniforme que le mien, un américain.

Moi j'avais, à l'époque, 17 ans 1/2 et lui peut-être 19 ans. Je l'ai tué dans un combat rapproché. Ma mitraillette était plus rapide que son poignard. Mais quand il tomba devant moi j'ai pu lire dans ses yeux mourants de l'étonnement et cette question: "POURQUOI?", pourquoi m'as tu tué?". Que pouvais-je lui répondre d'autre que: "Si je ne l'avais pas fait je serais à ta place maintenant! J'en suis sûr que c'est à ce moment là que je compris l'absurdité de la guerre. Une absurdité qui m'autorise en tant que survivant de poser cette question: "Qui donne à qui le droit de disposer de l'existence et de la vie d'un autre être humain. Qui donne à qui le droit, pour quelque raison que ce soit, donner à d'autres hommes la violence et l'assasinat comme seule chance de survie?". Ces quelques lignes écrites en souvenir de mon "américain" je les lui devais, moi que ai eu la chance de pouvoir survivre! Je n'ai jamais pu, ni voulu l'oublier!

Ma Captivité. . .

Le 22 Juin 1944 je me rendais la peur au ventre. Nos "Führer's" ne nous avaient-ils pas dit que "l'ennemi ne nous ferait pas prisonnier" sans autre explication? Heureusement qu'il en était autrement.

Lors du premier interrogatoire, en anglais s'entend,  j'étais encore "service-service" en ne donnant que mon nom, mon grade et le N° de ma plaque d'immatriculation. N'étais-je pas soldat? En tant que tel on ne donne pasd'autre renseignement à l"ennemi". Interrogatoire continua donc avec les mêmes questions à cette différence près  que maintenant on parlait allemand et on aurait pu dire que nous avions changé de place puisque, au lieu de poser des questions, mon vis-à-vis me donnait des renseignements. Il connaissait mon unité de AàZ. Mais le coup de massue mentale qu'il m'assena consistait dans la révélation de la raison pour laquelle nous avons dû le 6 Juin ôter notre brassard à croix gammée, restituer notre livret et changer notre casque d'acier contre celui de la "Luftwaffe". Tout simplement parce que le "Reichsarbeitsdienst" n'était pas reconnu  par la Convention internationale de Genève comme étant une unité combattante régulière! Mon interlocuteur, ont le parents étaient de Franckfort, ajouta qu'au lieu de nous faire prisonnier ses camarades auraient pu nous fusiller sans autre forme de procès. Cette "entrevue" terminée, qui me laissa un arrière-goût de trahison de la part de mon "Führer", mes camarades-prisonniers et moi nous prenions le chemin de la plage pour embarquer sur le navires de débarquement pour êtres transportés en Angleterre. Southhampton, Londres, Manchester et finalement Liverpool où nous embarqions le 1er Juillet 1944 pour les USA.

Arrivé de l'autre côté de l'Atlantique mon "domicile" se trouvait maintenant pour une durée 18 mois près de la Ville de Watertown à proximité des chutes du Niagara. Pour être honnête et en tant que P.o.W., Prisonnier de Guerre, je dois dire que les Américains nous traitent comme leurs propres soldats jusqu'au 8 Mai 1945. En plus de l'effondrement de tous ce en quoi j'avais crû je perdais encore ce jour là mon statut de P.o.W. Nous n'étions plus des soldats, mais uniquement des membres "d'une armée battue".

Fini les rations du GI, cantine fermée, nos 20§ mensuels pour notre travail bloqués sur un compte,nos gardiens laissaient maintenant voir leurs vrais sentiments envers les "Nazis". Ce dernier "traitement" cessa le jour où ils on été remplacés par des soldats rentrants d'Europe et trop âgés pour continuer le guerre sur le théâtre des opérations du Pacifique. Entre soldats du front, entre ceux "qui ont été réellement" nous nous comprenions, nous parlions le même langage. Un fait qui est certainement dû au fait que nous avons pu, les uns comme les autres, en sortir vivant.

Janvier 1946. . .

Port de New York. Deux immenses sacs de marin nous attendaient dans les quels il nous était dit de prendre autant de vêtements que les sacs pouvaient contenir puisque nous allions rentrer chez nous et , qu'en "Germany" les gens manquaient de tout. Adieu les Etats Unis d'Amérique. Sept jours en mer les machines ralentissaient et nous pouvions penser à juste titre que notre navire allait s'approcher d'un Port allemand. Autorisés à monter sur le pont chacun d'entre les Prisonniers rapatriés cherchait à savoir quel port allemand serait notre destination. LE HAVRE pouvait-on lire, tout le monde descend! Devrai-je décrire notre stupeur et déception? Adieu notre beau navire plein d'espoir direction BOLBEC un camp "accueillant". Tout ce que nous avions emporté de New York et destiné à nos famille nous fut confisqué.

Nos nouveau gardiens, des Polonais, nous berçaient dans notre sommeil cauchemardesque en tirant à hauteur de plafond à balle réells en travers nos "hôtel"en tôle ondulé. Le lendemain de notre arrivée la raison de notre "halte" au Havre nous fut communiquée dans ce sens que la France avait exigée que chaque Prisonnier de Guerre allemand venant des Etats Unis soit mis à sa disposition pendant six mois pour effectuer des travaux de réparation.

Bien , puisque nous ne pouvions pas faire autrement allons "le coeur joyeux". Trois jours après nous quittions BOLBEC pour ATTICHY, un camp de transition, que nous étions tous contents de pouvoir quitter le lendemain. Pour aller où? Après trois jours de voyage dans les wagons bien connus de tous les militaire, "tant d'hommes - tant de chevaux", nous atteignions notre destination CLERMONT-FERRAND et AULNAY. Dans ce camp il nous était possible de comparer notre propre présentation avec ceux de nos camarades capturés en France entre 1944 et la fin de la guerre. Nous, les "Américains", ressentions une certaine gêne. Eux ils avaient faim et nous encore bien nourris. C'est à AULNAY que j'ai pû m'entretenir avec les soldats français, qui nous gardaient, dans une langue qui m'était familière le patois des trois frontières. Une langue parlée dans la région de Thionville, Luxembourg et Trèves où j'avais mes racines.

J'apprenais ainsi que ces soldats se disent des "Malgré-Nous", des insoumis à l'ordre d'incorporation dans la "Wehrmacht" des Départements alsaciens et de la Moselle. Ils avaient fui des chez ceux, sachant qu'en faisant ainsi mettre leur propre famille en danger, pour s'engager dans l'armée française pour la durée de la guerre. Clermont-Ferrand et à Royat , tout près de la dernière ville, où j'avais trouvé un emploi agréable dans une entreprise dont le directeur venait de rentrer après 5 ans de captivité en Allemagne ce qui falicita les rapports entre dirigeant et employé. Mais, malgrè cet avantage, je savais que cet endroit ne me retiendrait pas .

Mes 2 évasions.

C'était à la fin OCTOBRE 1946 que je prenais la poudre d'escampette pour être arrêté après 845 kms parcourus en deux jours  à 150m de la frontière franco-allemande.Encadré par deux Gendarmes c'est ainsi que faisais la connaissance du Camp des Prisonniers allemands N° "211" de Ile de Saulcy " en la bonne Ville de Metz dans le Département de la Moselle.

Arrivé derrière les fils-de-fer barbelés de ce camp il me restait à payer le prix de mon évasion. 30 jours d'arrêt de rigeur, le crâne rasé et "poli" avec 125g de pain et 2 litres de "soupe" bien légère par jour voilà ce qu'il fallait payer pour avoir tenté de regarder la clôture du camp de l'extérieur. Après avoir payé ma "dette" je fus libéré à l'intérieur du camp. Mon esprit n'avait d'autres préoccupations que de trouver le moyen de relier la Ville de Metz à la Ville de Trêves distant de 120km et de revoir ainsi les miens.

Un "Commando" de 30 hommes demandé par les Laminoirs à Froid de Thionville me semblait être un signe du destin. Allons pour Thionville. Le travail était agréable, l'ambiance sympa et la frontière du Luxembourg à environ 55 km. Ici il me faut vous expliquer l'importance du Grand-Duché dans les plans que chaque candidat à la "belle" échafaudait. D'après les rumeurs circulant dans les rangs des "gens des fil-de-fers barbelés" et qui, par la suite, s'avérait comme étant la réalité était le fait que le Grand-Duché du Luxembourg n'extradait pas les Prisonniers de Guerre allemands arrêtés sur son sol. Vous faut-il faire un dessin de ce qui se préparait en mon fort intérieur? 24 DECEMBRE 1946, la nuit de Noël, je me trouvais déhors et sur la route du Luxembourg. Si lors de ma première tentative j'avais pu parcourir 845kms, ce coup-ci je me trouvais stoppé par un tir nourri de mitraillettes 25m plus loin. Me laissant tomber entre les rails de la ligne de chemin de fer j'entendais ce bruit inoubliable pour tous ceux qui "ont été", ce"ouiiiiiii" des balles qui ricochent. Couché ainsi entre mes deux rails une reflexion me vint à l'esprit: "Henri nous sommes le 24 DECEMBRE, il y a 12 jours tu "fêtais" tes 20 ans. Te faire tuer encore mainteant ici serait vraiement trop bête!". J'ai donc levé le bras pour la troisième fois. Après cet échec je me suis donc logiquement trouvé de retour au camp à Metz pour y purger ma peine "d'indiscipline". Trente jours plus tard je me trouvais inscrit sur la liste des partants pour les HBL, les Houillères de Bassin de Lorraine, pour aller faire du charbon. Un commando considéré par nous comme étant "disciplinaire", ce qui était le cas en effet. Je ne voulais pas commencer une carrière de mineur de charbon. Mais, que pouvai-je?

Courcelles-Chaussy

Début FEVRIER 1947 l'administration allemande de notre camp cherchait un prisonnier parlant un peu le français. Allant "au culot" je me présentais au poste de garde du camp pour m'entendre interrogé sur mes connaissances de la langue française.Rassemblant les quelques mots appris et retenus à Clermont-Ferrand je prétendais être prêt pour me perfectionner, une volonté qui fut appréciée.Suivant les instructions perçus j'allais chercher mes quelgues hardes à fin de suivre un Monsieur en civil, mon deuxième commando de travail chez un particulier. En route pour Courcelles-Chaussy, ce village dont mon nouveau patron m'avait parlé. De là à savoir où ce village se trouvait? On ne m'avait donné peu d'explications. A la sortie de la ville un panneau d'indication m'apprenait que ma destination se trouvait à 18km d'ici. Arrivé sur place mon employeur me faisait comprendre que ma première journée de travail serait le lendemain. M'ayant accompagné à ma chambre dans sa propre maison même je n'en croyais pas mes ieux. Une chambre sans fils-de fers barbelés, sans gardien armé. Du jamais vu jusqu'à maintenant. Mon nouveau"chez-moi" je le partagai avec deux compagnons, 1 "PG" - Prisonnier de Guerre comme moi et Stefan le Polonais. Tous deux se trouvaient encore à leur travail et il me fallait entendre le soupé pour faire leur connaissance. Tous les trois nous nous entendions bien, en particulier avec Stefan le Polonais déporté de sa Polgne natale lors de l'occupation allemande de l'Alsace et du Département de la Moselle de 1940-44. Vu cette ambiance et cet environnement j'aurai pu m'imaginer ne plus être ce que mes immenses lettres "PG" disaient que j'étais en réalité encore. Ajoutez à cela une certaine liberté de mouvement me permettant d'aller les dimanches à la messe dominicale.

HENRIETTE

Je me trouvais bien a Courcelles-Chaussy avec cette liberté quasi sans entrave. M'évader, moi qui avais tenté "la belle" par deux fois, l'idée ne me venait même pas à l'esprit. De Courcelles-Chaussy à  Kordel, où vivaient les miens, il n'y avaient que 120kms a franchir. Non, je ne bougeais pas. C'est ainsi qu'un dimanche au mois de Mai 1947 en me reposant devant la maison de mon patron je vis une jeune fille du village, que j'avais déjà remarqué à la messe le dimanche, passer devant moi en vélo. Sur son porte-bagage un immense bouquet de PIVOINES. Je n'ai pas pû m'empêcher de lui lancer avec les quelques mots de français que je connaissais: "Ah, les belles Fleurs!". Elle s'arrêta avec un regard pas engageant du tout et me répondit: "Vous en voulez?" Que pouvai-je, pris au piège, répondre d'autre que "oui"? Elle m'en donna 3 et s'en alla. Moi je me trouvais là avec mes 3 pivoines sans réaliser ce qui venait de m'arriver. Je sentais bien que ces trois fleurs voulaient me transmettre un message. Mais, lequel? Désemparé je me rentrai dans ma chambre et, assis sur mon lit, je pleurai.

Pleurai par ce qu'il me manquait une explication au message que ces trois pivoines tentaient me faire comprendre. Il me manquait un seul mot. Un mot que "mon Führer" ne m'avait pas appris. Un mot qui, d'après sa doctrine pour la jeunesse allemande, n'existait pas. Nous devions être d'après lui:"Hart wie Kruppstahl, zäh wie Leder und flink wie die Windhunde - dur comme l'acier de Krupp, coriace comme le cuir et rapide comme les lévriers". Et ces mots qui me manquaient s'appelaient TENDRESSE et , en plus, l'AMOUR. Qu'est-ce que cela signifiait? Etai-ce comme le geste de maman quand, tout petit, elle me caressait les joues? Mais ma "fleuriste" n'était pas ma maman, c'était une jeune fille, une femme. Je crois bien que c'était à ce moment précis que les oeillières s'écartaient de mon esprit pour laisser place à la réalité. Que s'était-il passé? Je sais aujourd'hui que à ce moment précis de ma vie une autre loi, que celle des hommes, venait de s'imposer à moi. . . la loi de la nature! Une jeune fille et un jeune garçon venaient de se rencontrer, se sont plûs et ont commencé a s'aimer.

Oh , je l'avoue, sans nous en rendre compte sur le moment. Une chose était certaine, nous allions tout faire pour nous revoir. Je vous épargne l'histoire du parcours semé d'embûches de nos rencontres qui a suivi l'échange des 3 pivoines. Henriette me faisait comprendre dans sa langue maternellele français , comme elle pouvait, qu'un obstacle majeur se dressait entre nous. Un obstacle insurmontable en 1947 dans les trois provinces d'Alsace-Moselle annexées deux fois par mon pays à moi, l'Allemagne, et en particulier entre nos deux familles. Le papa d'Henriette avait été arrêté et condamné à mort fin 1944 par la GESTAPO à Périgueux. Il ne consentirera jamais à ce que sa propre fille puisse songer se marier avec "un boche". Le fait qu'il devait sa survie à un soldat allemand, inconnu jusqu'à ce jour, ne changeait rien pour lui. "Un boche était et restait un boche". Mais que peuvent les lois et ressentiments des hommes contre la loi de la nature? Henriette et Henri ont tenus bon!

NOTRE FAMILLE FRANCO-ALLEMANDE

Nous sommes en été, automne 1947 et Henri est toujours encore "PG", Prisonnier de Guerre dépendant du camp des "PG" N° 211 de Metz, où la liste des libérations successives des 167 000 Prisonniers de Guerre allemands encore retenus en France avait été établie. D'abord les malades, les mariés et pères de famille, les plus âgés par la suite. C'est donc dans les rangs des plus jeunes que les émissaires du gouvernement français venaient "faire la pub" pour la signature d'un contrat de "Travailleur Libre" d'une durée de 1 an accordant au Prisonnier de Guerre allemand les mêmes droits avec les mêmes obligations que n'importe quel autre travailleur étranger.

Signature qui avait pour suite la libération immédiate en France de l'intéressé. Nous étions 44000 à signer. Le 1er OCTOBRE 1947 j'étais libre et, Henriette et moi, nous pouvions nous montrer pour la première fois en public ensemble. Notre volonté de nous marier n'avait nullement changée. Henriette n'avait pas encore 21ans à l'époque il lui fallait par conséquent le consentement paternel. Monsieur Carmier, son père, consentait à contrecoeur que sa fille insistait pour se marier avec "un boche" à peine 3 ans après sa condamnation à mort par le Gestapo à Périgueux. C'est dans une atmosphère de sentiments discordants que que nous deux, en compagnie de la famille de Henriette, nous sommes rendus le 26 NOVEMBRE 1948 devant Monsieur le Maire de la commune de Courcelles-Chaussy en Moselle pour nous marier.

J'ouvre une paranthèse ici pour expliquer l'absence de ma famille le jour de mon mariage. Habitants à KORDEL, près de Trêves, les miens n'ont pas pû obtenir l'autorisation de venir en France.

Fermons cette parenthèse et revenons au mariage de Henriette et Henri. Avant que la question rituelle du consentement mutuel nous soit posée il appartenait au père de ma fiancée de signer le registre de l'Etat-Civil pour en donner son accord. Les ressentiments étant encore trop fort il cria devant l'assemblée: "Jamais un sale boche ne me rentrera dans la famille!". Sur quoi son frère Marcel lui tapa sur l'épaule avec ces mots: "Raymond rappele toi à Périgueux c'était également "un sale boche" qui t'a sauvé la vie!" Tout le monde sentait que ce consentement allait être donné en violation des ressentiments encore vivants. Mais il fallait au père de mon Henriette, avant de pouvoir apposer sa signature sur le registre de l'état-civil, encore surmonter un autre obstacle. Il faut savoir que les Alsaciens et Mosellans de ces trois provinces annexées de 1940-44 devaient, avant tout acte administratif, produire le certificat de "REINTEGRATION de PLEIN DROIT dans la COMMUNAUTE FRANCAISE". C'est à ce moment que Monsieur Carmier explosa. Lui, ayant appartenu à l'aéronavale, fait prisonnier en 40 , renvoyé dans ses foyers par les allemands pour y être quelques mois plus tard expulsé avec toute sa famille en Dordogne par les autorités civiles allemandes comme étant "non-récupérable pour la population du"Grand-Reich". La cérémonie de notre mariage civil dura plus longtemps que d'accoutumé ce 26 Novembre 1948 et le lendemain, 27.11.1948, a l'église Henriette et moi nous étions devenus "mari et femme" devant "dieu et les hommes".

Les débuts de notre famille. . .

Créer une famille est une chose subvenir à ses besoins en est une autre. Du côté matériel le "jeune chef de famille" que j'étais devenu avait dès début 1948 changé de metier. D'ouvrier scieur je étais devenu mineur au puits de Faulquemont des HBL, Houillères du Bassin de Lorraine, le 1er Juin 1948 en éffaçant ma crainte vicérale de ce métier que j'éprouvais du temps de ma captivité et "fugueur patenté". Changer de métier voulait dire également changer de domicile. Logé et nourri par le patron de la scierie il m'a fallu, en le quittant, trouver un autre toit. Je l'avais trouvé chez mes futurs beau-parents grâce à notre détermination inébranlable , à Henriette et moi, de fonder notre foyer malgrè les réticences et ressentiments compréhensibles du papa de mon Henriette décrites dans le chapitre précédent mais à une condition de mon beau-père qui était: " tant que vous vivrez sous mon toit je ne veux jamais entendre un seul mot d'allemand!".

Créer une famille était devenu, du point de vue matériel, plus facile maintenant que je faisais partie de la famille des "Premiers Ouvriers de France" les mineurs. Jugez en, 5 000 F à la scierie et maintenant 12.500 F par mois.Mais, a ne pas oublier, il nous manquait tout en tout. Arrivé à ce stade de mon récit permettez moi de vous parler des mineurs. Ces hommes venant de tous les horizons , appartenant à différentes ethnies et croyances au jour, avant de descendre au fond de la mine. Une fois arrivés à 680m sous terre il ne restait plus que des hommes qui savaient chacun qu'en cas d'accident ils pouvaient tous compter les uns sur les autres. La question de savoir, par excemple, qui se trouvait sous un éboulement, d'où il venait, qui il était ne se posait pas! Un "Kumpel" copain était en danger on allait le chercher et secourir au risque même d'y rester soi-même. 20ans je me trouvais parmi eux, j'étais et reste un des leurs. Ces quelques lignes en hommage à tous ceux qui sont restés au fond des mines, à tous notre salut: "Glück auf". Ce souhait en langue allemande utilisé par tous les "gueules noirs" qui veut dire:"Remonte sain et sauf". C'était cela les mineurs après la guerre et jusqu'à la fermeture de tous les puits de mine.

Nos enfants. . .

Créer une famille ne consiste pas seulement dans la résolution des questions matérielles. Le sens même d'une famille ce sont les enfants. Nous en avons eu 4. Trois fille et un garçon. Danielle, Sylvie, Viviane et Alain. Les trois filles sont nées dans les premiers dix ans de la vie de notre famille, 1949-1955-1957. Sans vouloir être prétentieux et faire une différence entre nos filles je voudrais tout de même souligner le jour de naissance de Sylvie...le 08 MAI 1955. Dix ans, jour pour jour, après l'armistice de 1945. Certes nous, Henriette et moi, ne l'avons pas fait exprès mais, ce fait a tout de même valeur de symbole et semble contredire mon affirmation en début de "Ma Baïonnette et mes trois Pivoines". Où il est question de l'impossibilité d'une rencontre entre une jeune fille et un jeune garçon à un moment de leur vie. Je ne peux expliquer ce revirement de situation d'après-guerre, notre rencontre, la venue des nos enfants autrement que par le fait que la rencontre entre Henriette et Henri en 1947 n'avait d'autre origine que la loi de la nature. Une loi qui n'a que faire des lois des hommes. Aujourd'hui nos enfants sont grands, ont eux aussi des enfants et petits-enfants et ont fait de leur père et grand-père bientôt un triple arrière-grand-père. Dommage que HENRIETTE a dû nous quitter voici 6ans déjà!

Ainsi se termine un chapitre consacré à une Famille pas comme toutes les autres, une famille franco-allemande, née à la fin de la guerre la plus meurtrière du 20ème siècle

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Henri Sturges - AVRIL 2006 - Tous droits réservés